Sylvie M., 61 ans, raconte les deux années où elle a rangé son mascara — et ce que sa nièce maquilleuse lui a expliqué un dimanche, qui a tout changé.
C'était en février, à l'anniversaire de mon mari. Ma sœur a fait circuler son téléphone autour de la table — la photo de groupe, celle qu'on refait trois fois parce que quelqu'un a fermé les yeux. Quand le téléphone est arrivé à moi, je me suis cherchée. Deuxième rang, à gauche. Je me suis trouvée. Et j'ai eu cette pensée très bizarre, que je n'ai dite à personne sur le moment :
Ce n'était pas les rides. Je vous jure que ce n'était pas ça. Les rides, je les connais, on vieillit ensemble. C'était autre chose. Le visage était là, mais quelque chose s'était éteint dedans. J'ai rendu le téléphone et j'ai pensé à autre chose. Enfin, j'ai essayé.
Si vous avez mon âge, on vous l'a déjà faite, celle-là. Moi c'était devenu une habitude. Au travail, à la boulangerie, ma belle-fille un dimanche : « T'as des soucis en ce moment ? » J'avais dormi neuf heures. J'étais en pleine forme. Mais mon regard racontait autre chose que moi.
Le mascara, pourtant, j'ai connu. Pendant quarante ans, je n'ai pas raté un matin. Et puis vers cinquante-huit ans, ça s'est mis à mal se passer. Des paquets. Des traces sous les yeux à midi — je sortais mon petit miroir au bureau pour vérifier, discrètement. Le soir, je frottais mes cils au coton imbibé de démaquillant, et je voyais ce qui restait sur le coton. Je me disais : c'est peut-être juste moi. C'est peut-être ma façon de l'appliquer. J'ai changé de marque. Puis encore. Ça faisait juste des petits paquets moches, à chaque fois.
Alors un matin, sans le décider vraiment, j'ai rangé le tube dans le tiroir de droite. Celui des choses qu'on ne jette pas mais qu'on ne ressort plus. Deux ans, il est resté là.
Ma nièce a vingt-huit ans, elle est maquilleuse — les mariages, les shootings, ce genre de vie. Un dimanche où elle déjeunait à la maison, elle m'a maquillée pour rire, comme quand elle était petite. Devant le tiroir de droite, elle s'est arrêtée : « Tu ne mets plus rien, toi ? »
J'ai répondu ce que je croyais : qu'à mon âge, les cils, c'était fini. Elle m'a regardée comme si j'avais dit une énormité. Et elle m'a expliqué deux choses que personne — personne — ne m'avait dites en soixante et un ans.
La première : après la ménopause, les cils changent. Ils s'affinent, raccourcissent, s'éclaircissent. C'est hormonal, c'est documenté, c'est normal. On parle des bouffées de chaleur, du sommeil, de la peau. Des cils, jamais. On vous laisse croire que c'est vous.
La seconde, c'est celle qui m'a mise en colère : les mascaras que j'achetais depuis quarante ans sont conçus et testés pour des cils de vingt-cinq ans. Épais, drus, nombreux. Les grosses brosses passent au-dessus des cils devenus fins sans les accrocher. Les cires lourdes collent en paquets ce qu'elles n'arrivent plus à séparer. Le waterproof casse. Et le pire, m'a-t-elle dit, c'est le démaquillage : chaque soir de frottage au coton emporte des cils qui mettront des mois à revenir — s'ils reviennent.
Avant de partir, elle m'a écrit quatre lignes sur un post-it, que j'ai toujours :
J'ai passé une semaine à lire des étiquettes en parfumerie avec mon post-it. Personne ne cochait les quatre. Les vendeuses me proposaient du volume, du XXL, du waterproof — tout ce que ma nièce m'avait dit de fuir.
C'est elle qui m'a envoyé le lien, finalement. Une petite marque française, Noboraa — leur mascara s'appelle Renaissance. Tout le post-it y était : la brosse fine, les fourreaux, les actifs, et un brun qui s'appelle Brun Soyeux. Ce qui m'a décidée, honnêtement, c'est les trente jours remboursés sans discussion. J'avais déjà un tiroir plein d'erreurs à vingt-cinq euros ; je ne voulais pas en ajouter une.
Je vais être précise, parce que c'est ce que j'aurais voulu lire à l'époque. La première fois, j'en ai mis trop — quarante ans de réflexes avec des formules épaisses, il faut la main plus légère. Le lendemain, une seule couche : mes cils étaient là. Pas des faux cils, pas un regard de magazine. Les miens, visibles, séparés, jusqu'aux petits du coin. Je n'ai pas pleuré comme certaines dames dans les avis. Je me suis juste regardée deux secondes de plus que d'habitude. Ça faisait longtemps.
À dix-sept heures, rien n'avait bougé — j'ai vérifié au petit miroir, vieille habitude. Le soir, sous l'eau tiède, les fourreaux roulent sous les doigts comme rien. La première fois, c'est très étrange. La deuxième, on se demande pourquoi on a frotté pendant quarante ans.
Là où je reste prudente : la pousse. La formule est censée nourrir dans la durée, et au bout de six semaines je trouve mes cils nus un peu moins cassants — mais je ne vous promettrai pas la transformation, je ne l'ai pas mesurée. Ce que je peux affirmer, c'est la tenue, le démaquillage, et le regard qui est revenu sur les photos.
Le tube coûte 29,90 €. Il existe une offre à deux pour 39,90 € avec un sérum pour cils offert — c'est celle que j'ai prise la deuxième fois, en partageant avec ma sœur. Trente secondes le matin, l'eau tiède le soir. C'est tout ce que ça me demande.
À Pâques, ma sœur a refait la photo de groupe. Je me suis reconnue tout de suite. Personne n'a remarqué de maquillage — c'est peut-être ça, le mieux. On m'a juste dit que j'avais bonne mine.
Si vous avez un tiroir de droite vous aussi, vous savez de quoi je parle. Le mien est vide maintenant.